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Publicat în 18 noiembrie 2015, 20:09 / 300 elite & idei

Thierry de Montbrial – « La guerre contre l’Etat islamique sera de longue haleine »

Thierry de Montbrial – « La guerre contre l’Etat islamique sera de longue haleine »

La priorité est de reconstruire un ordre dans le Moyen-Orient. On ne pourra pas le faire sans le régime de Bachar el-Assad, les Russes et les Iraniens l

 

Quel a été votre sentiment après les attaques du 13 Novembre à Paris ?

On a beau savoir que cela va se produire et que cela se reproduira, cela est profondément bouleversant, comme après de 11 septembre 2001. Il est tout à fait clair que que ce régime de l’Etat islamique est satanique, au sens propre du terme. Car il invoque une religion pour faire le mal absolu, avec des cyniques qui manipulent de jeunes ayant perdu tout repère.

 

Pensez-vous que nous sommes en guerre, comme l’affirme le Président Hollande ?

Tout est une question de définition. Je récuse la « guerre contre le terrorisme », car on se bat contre un Etat, ou un groupe.On peut dire que nous sommes en guerre contre l’Etat islamique. mais c’est une guerre asymétrique puisque leur arme est le terrorisme. Elle est aussi de basse intensité car elle se traduit par des attentats à des moments aléatoires, avec des cibles aléatoires.

 

Avons-nous les moyens de la gagner ?

Bien sûr, nous la gagnerons. Mais c’est une affaire de longue haleine, qui comporte plusieurs volets. Il y a des actions de court terme, qui sont du domaine de la police, de la justice, du renseignement. Avec toutes les difficultés que cela représente pour les démocraties libérales qui ne sont pas à l’aise. La façon la plus radicale serait d’introduire des mesures d’exceptions, mais on n’est pas encore prêt à cela en France. D’autres actions se déclineront dans le temps, comme la reconstruction d’un ordre dans le Moyen-Orient.

 

Devons-nous revoir nos jeux d’alliances ?

Plus encore après la tragédie du 13 novembre à Paris, chacun comprend enfin qu’il existe un intérêt commun à vaincre ce fléau, même en coopérant avec des régimes que nous n’aimons pas. Nous, les « Occidentaux », avons perdu de vue la nature des relations internationales. Il s’agit toujours de balance ou d’équilibre entre des puissances et des intérêts. Une grande partie des difficultés aujourd’hui résulte d’une compréhension insuffisante de la situation au Moyen-Orient et d’erreurs répétées de la part des dirigeants. On a fait une focalisation sur Bachar el Assad, mais il est clair qu’il ne peut y avoir de gouvernement suffisamment fort en Syrie sans une participation du régime sortant. Il n’y a pas d’ordre possible sans une coopération avec ce régime -quitte à ce qu’ Assad lui même finisse par s’en aller-, comme avec les Russes et les Iraniens.

 

La diplomatie française a-t-elle commis des erreurs aussi ?

Aussi bien à la fin de la présidence de Nicolas Sarkozy qu’au début de celle de François Hollande, on a décrété comme postulat que Bachar al Assad devait être immédiatement éliminé. Certes, nous n’étions pas les seuls. L’idée que le président syrien allait rapidement s’effondrer et qu’il existait à court terme des alternatives viables au régime baasiste était une erreur de jugement. Nous aurions dû écouter les minorités libanaises ou irakiennes, notamment chrétiennes, qui nous mettaient en garde.

 

En intervenant militairement en Syrie, la Russie a-t-elle rebattu les cartes diplomatiques  ?

La situation d’ensemble a évolué. D’une part, le fait d’être parvenu à un accord raisonnable sur le programme nucléaire iranien a ouvert la voie de la réintégration de l’Iran dans le concert des nations, au moins sur le plan régional. D’autre part Vladimir Poutine a agi en stratège, à la différence des Occidentaux insuffisamment pragmatiques et qui raisonnent trop souvent en termes idéologiques. Il a rappelé qu’il était un acteur incontournable. Je pense cependant que les Russes comprennent parfaitement qu’ils ne peuvent pas se permettre de se lancer dans une guerre prolongée en Syrie. Ils ont l’expérience de la guerre en Afghanistan (1979-1989) et savent qu’on peut s’enliser très rapidement. Leur jeu consiste à démontrer qu’on ne peut rien faire sans eux et à renforcer leurs cartes dans les négociations. Nous sommes aujourd’hui à un embranchement : soit nous allons vers plus de chaos au Moyen Orient, soit on amorce un processus de réduction du chaos. La seconde branche de l’alternative est dans l’intérêt de tous ceux qui ont à pâtir du terrorisme. Parfois, dans les discussions internationales, la peur d’un échec pousse à un accord. Ce qui signifie en particulier qu’il y aura forcément des compromis.

 

Quelle est la priorité dans la crise syrienne ?

La priorité des priorités c’est effectivement la lutte contre Daech dont le système de barbarie – car c’est un système – dépasse tout ce que l’on a connu auparavant. On sait que Daech s’est construit en grande partie sur les erreurs commises par les Etats-Unis en Irak. Et il faut en Syrie éviter la reproduction de ces erreurs. Si l’on renvoie chez eux tous ceux qui ont collaboré avec le régime, on ne devra pas s’étonner qu’ils soient tentés ensuite de se lancer dans une politique du pire. Aujourd’hui tout le monde reconnaît qu’il faut préserver l’intégrité territoriale de la Syrie. Ce qui suppose vraisemblablement l’instauration d’un gouvernement de transition capable de gouverner effectivement, et donc avec une grande partie de l’ancien régime, tout en ménageant une porte de sortie pour Assad. L’idée qu’il faut donner une chance à la Syrie de se reconstituer, en faisant des compromis avec des éléments du régime, fait son chemin.

 

Est-ce que la Russie est aujourd’hui capable d’organiser une transition politique en Syrie ?

Je n’ai aucun doute que les Russes, toujours très réalistes, sont dans la logique d’un régime de transition en Syrie et que Poutine l’a signifié à Assad. On ne peut pas avoir un début de solution en Syrie sans la perspective d’un accord sur une zone plus large. La question syrienne ne peut pas être isolée de son contexte. Avec le processus de Vienne, il y a un désir d’enclencher un processus de sortie, qui certes pourra prendre du temps. Le réalisme l’emporte. Nous ne sommes plus dans le tout ou rien mais dans une phase de « géopolitique » plus classique. Ce qui est une bonne chose car nous avons commis trop d’erreurs au nom des bons sentiments.

 

Quelle « zone » doit être concernée par un accord ?

Il est frappant de voir le prince Mohammed ben Salman, le ministre saoudien de la Défense et héritier en second, se rendre fréquemment à Moscou. A Vienne, les Iraniens et les Saoudiens se lancent des invectives mais ils se parlent. Du point de vue occidental, je n’ai jamais compris pourquoi nous, Occidentaux et en particulier Européens, aurions à choisir entre les chiites et les sunnites. Notre intérêt est d’avoir un Moyen Orient aussi équilibré que possible. Une grande partie des maux provient des déséquilibres créés par les deux interventions occidentales, principalement américaines, contre l’Irak. Cela a commencé en 1990-1991. C’est lors de la première guerre du Golfe que la rupture des équilibres s’est produite en faveur de l’Iran. L’intervention de 2003 a, pourrait-on dire, achevé le travail. Que l’Iran soit devenu trop fort , on le doit aux Occidentaux.

 

Est-ce que ce retour de l’Iran ne crée pas un nouveau déséquilibre pour l’Arabie saoudite?

L’Arabie saoudite a des vulnérabilités internes énormes : une économie en difficulté et très sollicitée, typiquement pour soutenir l’Egypte, un problème de générations fort sérieux et un système d’alliances dépassé. Le pacte de Roosevelt avec le fondateur de la dynastie, le pacte de 1945 dit du Quincy, est fini. Il y a une peur très grande en Arabie saoudite. Il est frappant d’observer que le prince Mohammed Al Salman, le nouvel homme fort du régime, n’a qu’une trentaine d’années. Il se prépare pour toutes les circonstances.

 

L’alliance d’intérêts entre l’Iran et la Russie est-elle tenable ?

Ce sont des constructions de positions pour montrer qu’aucun accord ne peut se faire sans l’inclusion de l’Iran et de la Russie. Il y a quelques semaines encore, l’idée occidentale dominante était de trouver une solution sans les Iraniens et les Russes.

 

Les Américains sont-ils en train d’intervenir au sol avec l’annonce de l’envoi de plusieurs dizaines de militaires des forces spéciales ?

Nous ne sommes plus à l’époque de la guerre d’Indochine, des Kennedy, des Johnson. Il n’y avait pas alors les mêmes freins qu’aujourd’hui. De plus la technologie a tellement évolué que les forces spéciales sont plus efficaces qu’à l’époque. Au temps de la guerre du Vietnam, toutes les forces poussaient à l’engrenage en raison du contexte de la guerre froide. Dans le cas de la Syrie d’aujourd’hui, les forces poussent plutôt à la désescalade. Pour les Américains, il s’agit aussi de montrer qu’ils ont un minimum de volonté pour faire remonter leur poids dans la balance.

 

La Russie a-t-elle des moyens suffisants ?

La Russie ne peut prétendre jouer le rôle dominant dans la région. Mais elle est un acteur majeur de la solution. Il ne faut pas oublier qu’économiquement, la Russie est faible. Et sur le long terme, sa situation économique risque de devenir de plus en plus préoccupante. A court terme cependant, Vladimir Poutine ne sera pas contrarié dans ses ambitions par des considérations économiques. Mais il faut cesser de penser la Russie comme une superpuissance qu’elle n’a d’ailleurs jamais été même au temps de l’Union Soviétique. Il faut la remettre à sa juste place qui est importante mais limitée.

 

Et Barack Obama a-t-il fait preuve de trop de prudence ?

C’est une réaction face aux excès de Bush. Il y a eu tellement d’erreurs commises par son prédécesseur qu’il est difficile de lui reprocher d’avoir été prudent. Si les choses évoluent dans le sens d’une réduction du chaos au Moyen Orient – une hypothèse à mes yeux plus que plausible – l’histoire portera un jugement positif sur les deux mandats d’Obama. Il est parvenu à un accord sur le nucléaire iranien, sans oublier le rapprochement avec Cuba.

 

Quelles sont les conséquences de la crise des réfugiés ?

Il y a eu un manque d’anticipation évident, comme cela fut le cas avec la montée en puissance de Daech. Nous avons dû faire face à ces deux surprises stratégiques en quelques mois seulement. La question des réfugiés crée une pression particulièrement forte qui oblige à s’attaquer, enfin de façon sérieuse, à la résolution de la crise en Syrie, pour réduire progressivement le chaos en vue de l’établissement d’un nouvel ordre au Moyen Orient…A court terme néanmoins la crise aura des effets difficilement prévisibles. Pour la politique intérieure allemande, c’est un choc énorme. Dans un premier temps on a vu un incroyable élan de générosité de la part d’Angela Merkel. Mais maintenant la Chancelière est attaquée de toute part. L’émotion est aujourd’hui très profonde sur cette question qui peut déstabiliser totalement le pays. 800.000 à 1 million de réfugiés sont ainsi attendus pour la seule année 2015 et pour la seule Allemagne.

 

La crise des réfugiés menace-t-elle la construction européenne elle-même ?

Il est trop tôt pour le dire. Mais il est vraisemblable que nous devrons adapter les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes. De plus cette crise va accroître les tensions financières alors que la situation de l’euro n’est pas réglée et qu’on verra sans doute un jour ou l’autre réapparaître la question de la dette grecque. Les solutions à la question des réfugiés vont être très coûteuses. Une dimension financière qui s’ajoute à toutes les autres, humanitaire, sociale, économique.

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/monde/europe/021483080315-la-guerre-contre-letat-islamique-sera-de-longue-haleine-1175691.php?mcjwbQMAmWt1uQ3x.99

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